Mélanie Pauli-Geysse

L'artiste dessinatrice se décrit et explique son engagement pour nos blessés. 

Défi des Blessés 2026 — Porteur de Mémoire Série
« Mémoire et résilience » 


Mon engagement comme artiste pour le Défi des Blessés


Tout a commencé par une rencontre. Celle d’un officier à qui j’avais fait don d’une œuvre lors du gala de nos collègues de Fraternité Police.
C’est elle qui m’a proposé de réaliser un tableau série pour le Défi des Blessés des Phénix de la Gendarmerie, puis une série est née pour accompagner les 105 étapes du relais.
Immédiatement, quelque chose en moi a résonné profondément parce que cette histoire, je m’y reconnais à plusieurs titres.
J’ai grandi avec la Légion étrangère. Mon père y a consacré toute sa carrière comme officier. Mon enfance a été bercée par les valeurs d’engagement, d’honneur, de discipline et de devoir envers la Nation française, même lorsque l’on vient d’ailleurs.
Puis il y a eu mes années au manège de l’école militaire, mon engagement comme Lieutenant au sein de la réserve opérationnelle de la gendarmerie après la création de la réserve opérationnelle des armées à la suite des attentats de 2015 — texte sur lequel j’ai travaillé en aussi en tant que conseillère ministérielle — mais aussi et surtout mon engagement personnel, profondément ancré dans la lutte contre le terrorisme et cette volonté de servir encore longtemps sous l’uniforme.


Mais parfois une trajectoire bascule. L’accident est venu briser ce chemin. À l’occasion d’un entraînement à cheval,  je me fracture la colonne vertébrale à la réception d’un obstacle, blessée lourdement hors service, j’ai été néanmoins réformée et n’ai pas pu rejoindre la réserve de la Garde Républicaine.
Alors il a fallu réapprendre, me reconstruire, me battre avec mes jambes et mon système nerveux pour qu’elles puissent encore me porter, réussir à serrer à nouveau un cheval entre elles et simplement retrouver la possibilité d’avancer. Ce qui m’a brisé m’a aussi reconstruite, et ce fut le cheval. 
J’ai compris alors que certaines blessures ne disparaissent jamais vraiment, elles deviennent des traces de reconstruction, des cicatrices lumineuses avec lesquelles on apprend à vivre et à se réinventer.

Je suis passée de la réserve opérationnelle à la réserve citoyenne. J’ai rejoint le commandement des réserves auprès du Général Kim. L’engagement n’a jamais disparu, il a simplement pris une autre forme.


Alors, à travers ces tableaux réalisés pour le Défi des Blessés, j’ai voulu parler de mémoire, de résilience, de fraternité et de transmission, de la perte de nos camarades, de ceux qui ont servi sous les drapeaux pour que nous puissions vivre libres et en paix. Parler de ceux qui tombent, de ceux qui continuent d’avancer malgré les blessures visibles ou invisibles, et de cette force humaine qui pousse toujours à se relever. 

J’ai voulu aussi témoigner de notre unité nationale qui m’est si chère parce que, que l’on soit civil, militaire, ancien combattant ou simple citoyen, chacun a un rôle à jouer : servir sous les drapeaux, les honorer, transmettre notre mémoire et défendre notre choix de civilisation  en républicaine face aux fondamentalismes et à tout ceux qui cherchent à fracturer ce qui nous unit.

Parce que derrière chaque uniforme, il y a un être humain.

Parce que certaines flammes ne doivent jamais s’éteindre.

Et parce qu’il est de notre responsabilité, individuelle comme collective, de continuer à les faire vivre, de devenir à notre tour les relais de ceux qui ne sont plus là… et de ceux qui viendront après nous. 


Cette série est née d’un feu. Celui de la mémoire. Celui que l’on refuse de laisser s’éteindre. Le feu de ceux dont on continue de porter la mémoire et d’honorer le sacrifice. Le feu de tous ceux qui continuent de se battre après avoir été brisés.


À travers Le Défi des Blessés 2026 — Porteur de Mémoire, cette série d’œuvres à l’encre de Chine et feuilles d’or accompagne un relais mémoriel et humain d’une rare intensité, organisé à l’initiative de l’association Les Phénix de la Gendarmerie. Du 17 au 23 mai, une part de la Flamme du Soldat inconnu prélevée sous l’Arc de Triomphe va parcourir la France jusqu’à Lourdes.

897 kilomètres. 105 communes.
Une seule flamme portée par des cadets, des militaires blessés, des personnels actifs et des civils, ce relais traversera la France de monument aux morts en monument aux morts, à la rencontre des écoles, des générations et des territoires. Une traversée pour honorer ceux tombés pour la France. Ceux que la guerre, le terrorisme ou les blessures ont marqués à jamais et tous ceux qui continuent pourtant d’avancer malgré les fractures visibles ou invisibles.

Car ce défi n’est pas seulement sportif. C’est un acte de transmission. Un refus de l’oubli.

Une mémoire portée à bout de souffle, de jambes, de courage et de fraternité. Ces œuvres parlent précisément de cela : de ces femmes et de ces hommes qui tombent puis se relèvent, de ces corps blessés qui continuent malgré tout, de cette force silencieuse qui existe dans ceux qui refusent de laisser tomber les autres.

Chaque tableau porte une étape du relais, mais aussi une part de ce que nous portons tous : nos blessures, nos absences, nos combats silencieux et cette capacité profondément humaine à continuer malgré tout.

Le travail de hachures, cherche à inscrire la mémoire dans la matière elle-même : les absences, les cicatrices, les silences, les regards, les noms gravés sur les monuments aux morts et cette lumière fragile que chacun tente de transmettre avant qu’elle ne disparaisse.
L’utilisation des feuilles d’or fait directement écho au kintsugi, cet art japonais consistant à réparer les failles avec de l’or, non pour cacher les blessures mais pour les révéler autrement. Dans cette série, les lignes de faiblesse deviennent des lignes de force. Les fractures deviennent lumière, les cicatrices deviennent résilience et comme cet or est venu entrer dans la flamme elle-même, il transforme la blessure en quelque chose qui continue d’éclairer, de transmettre et de tenir malgré les épreuves.

Le symbole du Phénix traverse également tout le projet.

Écusson des Phénix de la Gendarmerie, il représente ceux qui tombent, se relèvent et continuent d’avancer malgré les épreuves. Nous portons tous des blessures, des absences, des combats silencieux, des instants où la vie nous a brutalement arrêtés. Et pourtant, il faut continuer. Continuer à transmettre, à protéger, à avancer malgré les fractures. Car le véritable courage ne réside pas dans l’absence de chute, mais dans cette capacité à se relever, à poursuivre la route et à continuer de porter la flamme malgré les épreuves.


Ces œuvres accompagneront le relais à travers les 105 étapes du Défi des Blessés 2026 avant d’être présentées puis proposées à la vente afin de soutenir les actions des Phénix de la Gendarmerie auprès des blessés et de leurs familles.